Homélie de Saint Bernard, abbé de Clairvaux
Soyez vigilants d’esprit, frères, pour que les mystères de ces jours ne passent pas à travers vous sans porter de fruit. Abondante est leur bénédiction : offrez-lui des récipients purs ; à de si grands dons spirituels de la grâce, présentez des âmes empressées, des sens éveillés, des élans affectifs sobres, des consciences pures. Ce qui vous engage à prendre cela à cœur, ce n’est pas seulement le genre de vie particulier pour lequel vous avez fait profession, mais aussi l’observance de l’Eglise toute entière, cette Eglise dont vous êtes les fils.
Tous les chrétiens en effet, durant cette semaine – que ce soit selon leur habitude ou contre leur habitude – ont soin d’approfondir leur don d’eux-mêmes, de montrer de la modestie, de progresser dans l’humilité, de se revêtir de gravité, pour manifester que, dans une certaine mesure, ils souffrent avec le Christ souffrant. Voici la Passion du Seigneur qui ne cesse, jusqu’à ce jour, d’ébranler la terre, de fendre les rochers, de desceller les tombeaux.
Proche aussi est sa résurrection, dont vous célébrerez la fête pour le Très-Haut, le Seigneur – et puissiez-vous la célébrer jusqu’au plus haut de sa gloire qui a opéré de grandes merveilles, en vous approchant vous-mêmes dans l’ardeur et l’avidité de votre esprit. Or dans cette Passion, frères, il convient de considérer trois réalités : l’acte lui-même, sa modalité, sa raison d’être. Car dans l’acte, c’est la patience qui nous est recommandée ; dans la modalité, c’est l’humilité ; dans la raison d’être, c’est l’amour.
F. IV Hebd. Sanctæ, nn. 1 et 2 ; Ed. Brepols pp. 451-452