La prière des Heures

Le sceau du mystère pascal sur notre vie

L’ Église en sa liturgie nous invite à prier sept fois dans la journée – et la nuit.

Cette pratique a toujours eu un but très simple : tendre vers Dieu en revenant à lui le plus souvent possible, tout lui consa­crer, tout lui rapporter.

Cependant le temps du chrétien n’est pas seulement sanctifié parce qu’il est périodiquement orienté vers Dieu.

Il l’est aussi, et surtout, parce que Dieu le fait pas­ser dans son propre temps qui est celui de son mystère : l’éternelle communion de la vie trinitaire, la création, la venue du Verbe en notre chair, sa vie, sa Passion, sa mort, sa résurrection, son ascension, le don de son Esprit, son retour glorieux, l’assomption de l’Église.

Ce mystère nous parvient au long de l’année, dans le déroulement des cycles liturgiques : Avent, Noël, Carême, Pâques, temps de l’Eglise… mais aussi, dans le déploiement de la journée qui synthétise à elle seule ces grands moments des interventions de Dieu dans notre histoire.

Dans la Bible, le jour commence… le soir ; il traverse la nuit ; il est tendu vers la lumière.

 

 

 

 

L’office des Vêpres est prié, le soir quand le jour baisse. Nous célébrons le sacrifice du Christ à l’heure des ténèbres : la Croix et la Cène.

Les Vêpres ont cette double couleur d’intercession et d’action de grâce,      « d’eucha­ristie », car l’offrande du Christ est le don de la vie.

 

L’office des Vigiles est une louange nocturne. La nuit, nous prions les psaumes en communion avec tous les hommes, écoutons, méditons la Parole, les écrits des Pères de l’Eglise.

La nuit est le temps favorable à la prière, la  veille, la vigilance où l’Église médite la parole prophétique :

« Vous faites bien de la regarder, comme une lampe qui brille dans un lieu obscur, jusqu’à ce que le jour commence à poindre et que l’astre du matin se lève dans vos cœurs. » 2 P 1,19

 

L’office des Laudes, le matin au lever du soleil, célèbre le passage des ténèbres à la lumière. Il est louange au Christ, Lumière du monde, vainqueur du péché et de la mort.

C’est l’heure de la création nouvelle:

 

« Crée en moi un cœur pur »  Ps 50

« Louez le Seigneur du haut des cieux… louez-le depuis la terre ! » Ps 144

Les offices de Tierce, Sexte et None, les « petites Heures » du jour – la troisième, la sixième et la neuvième après le lever du soleil – rythment la journée de travail. Elles nous appellent à orienter – réorienter notre quotidien vers Celui qui nous donne la vie, le mouvement et l’être.

Tous les offices commence par le verset « Dieu vient à mon aide, Seigneur à notre secours ». A Tierce, nous  invoquons le don de l’Esprit. A Sexte et None, nous faisons mémoire de la Passion du Seigneur. 

L’office de Complies est la dernière prière du jour avant le repos de la nuit. C’est le moment de remettre notre journée entre les mains du Père, nous confiant à sa miséricorde.

« Maintenant, Ô Maître souverain, tu peux laisser ton serviteur s’en aller en paix selon ta Parole, car mes yeux ont vu le salut que tu préparais à la face des peuples. » Lc 2,29-31

 

Tel est le temps du chrétien.

Mais pour que la liturgie ne nous reste pas extérieure, elle requiert de nous une attitude de simpli­cité : il nous faut, comme des enfants, nous abandonner, abandonner toute préoccupa­tion pour nous ouvrir et consentir à ce que l’Esprit Saint œuvre en nous presque à notre insu.

Alors au fil des heures, des jours et des années, ce que des liturgistes appelleront le fil du chronos, la mémoire s’im­prègne de la prière des psaumes chantés dans la foi au Seigneur mort et ressuscité pour nous, et lorsque survient l’imprévisible visite du Seigneur dans nos vies, dans l’épreuve, dans la douleur traversée, et dans le relèvement, nous reconnaissons l’heure de sa grâce : de son kairos, et le Seigneur appo­se sur notre être le plus profond le sceau de son mystère pascal.